TED au musée

illustration de TED au musée

Une conférence TEDx n’est pas seulement un événement local, elle fait partie d’une discussion globale. Durant les quatre mois qui nous séparent du prochain TEDxTours, nous allons revenir sur les conférences de l’édition 2015 dans le contexte d’autres voix de la communauté TED et TEDx. Commençons notre périple au musée. En juin dernier, Ghislain Lauverjat nous demandait de faire une chose simple : prendre le temps de regarder, arrêter de filer d’une salle à l’autre comme on cherche des produits au supermarché. Allons voir ce que d’autres speakers ont à partager sur le sujet.

Amid Soot : Construire un musée des musées sur la toile

Internet permet de tout partager instantanément et le plus largement possible : Amid Soot a mis cette logique au service d’oeuvres d’arts. En tant que co-fondateur du Google Art Project, son objectif était d’ouvrir les portes des musées au plus grand nombre grâce à la technologie, indépendamment de son accès à un musée ou des horaires d’ouverture. Sa conférence est une rapide démonstration des fonctionnalités du projet.

En partenariat avec des musées du monde entier, le Google Art Project abrite et expose des toiles capturés avec une résolution de près de dix milliards de pixels. Quand on observe une toile avec tant de précision, chaque détail couvre l’écran, chaque coup de pinceau est visible. L’application concentre le regard et crée une expérience incroyable immersive. L’internaute peut zoomer à loisirs dans son tableau préféré et en apprécier chaque motif. Il a aussi la possibilité de compiler ses propres collections et de les partager.

“J’espère qu’à travers ce moyen numérique nous rendons justice au travail des artistes et nous le représentons correctement en ligne”.

Thomas P. Campbell : Tissons des histoires dans la trame des musées

Amit Sood confie durant sa démonstration que son musée préféré est le Metropolitan Museum of Art à New York. Voici une conférence du directeur actuel du MET, Thomas Campbell.

Ce dernier commence par une anecdote qui rappelle notre conférence tourangelle. Figurez-vous qu’on lui a déjà dit, à lui aussi, de mieux regarder. Son éducation artistique l’a rendu capable de décrire une toile avec le bon jargon et de la classer avec détachement, au point de parfois regarder les œuvres à travers ses livres d’art plutôt que ses propres yeux. Il se rappelle affectueusement d’un professeur lui disant qu’il n’est pas face à une “bacchanale” mais bien à une orgie. Comme quoi, personne n’est à l’abri d’une erreur !

Ancien conservateur, il parle de ce rôle particulier entre l’expert, le traducteur et le metteur en scène. Pour lui, rien n’est comparable au travail de “curation”, peu importe le nombre de pixels. “Nous vivons dans une ère d’information omniprésente et d’expertise édulcoré”, met en garde Campbell. Le conservateur doit faire honneur à la complexité de son sujet tout en le contextualisant et le rendant accessible au grand public. Il tente de créer le genre d’expériences qui se doivent d’être vécues dans un musée.

Nick Gray : Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer les musées

[Cette partie est bonus, ce TEDx n’a malheureusement pas encore de sous-titres]

Restons au MET encore quelques instants avec Nick Gray, créateur de Museum Hack. Durant une simple visite, Nick Gray tombe amoureux du MET. Après y avoir passé des journées entières, il décide d’organiser des tours informels du musée pour ses amis. Pendant ses tours, il parle des objets qu’il aime le plus ou d’anecdotes qui l’ont fait rire. Ça, c’est le museum hack, des visites qui misent sur le story-telling et la passion du guide, pas ses diplômes d’Histoire de l’art. Par exemple, l’une des techniques préférés de Nick Gray se base sur les ragots : “J’adore dire aux gens les histoires croustillantes derrière les œuvres d’art.”

Nick Gray est le visiteur idéal de Thomas Campbell, celui qui n’a pas forcément l’éducation artistique mais fait confiance à ses émotions pour comprendre ce qu’il a devant lui. Il s’approprie totalement les œuvres du musées. Par son enthousiasme et sa désinvolture, il a crée une nouvelle façon de visiter un musée. Tout simplement : il le traite comme un autre lieu de vie et pas une succession de vitrines. Museum Hack est l’entreprise de Nick Gray mais le mouvement s’est exporté bien au delà de New York. De nombreuses personnes se sont mis à organiser ce genre de visites partout dans le monde : qui se dévoue pour le musée des Beaux Arts ?


Ces trois conférences décrivent plusieurs façons d’appréhender le musée : guidé par le travail du conservateur, une application en ligne ou les anecdotes d’un ami. Ce sont trois perspectives différentes mais elles ne se contredisent pas pour autant. La technologie d’Amit Sood comme les visites ludiques de Nick Gray se basent sur le travail des conservateurs pour offrir de nouvelles possibilités et un nouveau souffle à notre approche du musée.

Rewind | Ghislain Lauverjeat : C’est le regardeur qui fait l’oeuvre